Voyage à Marseille 2019

La semaine précédant les congés de printemps a eu un avant-goût de vacances pour 53 privilégiés du Lycée Paul SERUSIER de Carhaix. Ainsi, à l'initiative de leur collègue Cathy SALAUN,  six professeurs ont peaufiné un projet pédagogique élaboré par l'enseignante, désireuse de permettre à tous ses élèves des classes de seconde et de première des filières des métiers de la Logistique, de bénéficier d'un séjour en région Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

Riche, mais aussi coûteux, il a été le fruit d'un important travail de réflexion et de gestion avant de recevoir l'aval de Monsieur FERRÉ, le chef d'établissement. Dès lors, les participants ont pu se montrer partie prenante en vendant chocolats et confitures dont les profits ont permis un appréciable abaissement du coût d'un voyage qui a fait l'unanimité. Par ailleurs, le projet a bénéficié d'un financement de la région Bretagne (KARTA).

 

Les élèves ont spécialement apprécié les visites en lien avec la partie professionnelle de leur formation. Durant la première d'entre elles, un peu groggys par une demie journée et une nuit de trajet en car, mais néanmoins attentifs, ils ont pu prendre la mesure du Marché d'Intérêt National des Arnavaux à Marseille. Véritable ville dans la ville, il s'étend sur 10 hectares que se partagent entrepôts, magasins de grossistes et vendeurs sur le carreau. Une centaine d'entreprises et près de 280 producteurs y stockent et y commercialisent, bien au-delà de l'hexagone, des produits frais en provenance du monde entier.  

 

Pour la seconde observation relative à leur future profession les lycéens se sont rendus à l'entreprise Naviland Cargo, un terminal rail-route constitué de deux cours à portiques et d'une cour à grue. Là, grâce à l'accueil de professionnels soucieux de partager leur savoir, les élèves ont observé le fonctionnement de ce leader européen qui exerce, dans un souci d'acheminement écologique et durable, les missions d’opérateur et commissionnaire de transport combiné maritime. Là encore, cerise sur le gâteau, ils ont été autorisés à s'immerger dans leur domaine de prédilection en grimpant sur de prodigieux engins qui soulèvent et déplacent conteneurs maritimes, caisses mobiles et citernes. Ces marchandises font ici l'objet de maintenance, de stockage ou  de livraison. Ici sont associés les modes ferroviaires et routiers en une seule et même chaîne logistique apte à opérer à l'échelle internationale. Cette visite pourra donc aussi être mise à profit en cours de géographie, de logistique et d'économie en CAP comme en Bac professionnel.

 

De la même manière, le moment passé au Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem) aura été l'occasion de donner du sens au territoire, en particulier lors du parcours de l'exposition « Connectivités » conçue pour aborder l’évolution de territoires portuaires contemporains. Les élèves y  ont vu de très belles images des mégapoles d’Istanbul et du Caire ainsi que des métropoles de Marseille et de Casablanca, qui montrent le processus du déve-loppement urbain et mettent en évidence la ville comme un endroit vers lequel coexistent et s’intensifient les flux, les connections, les échanges ; en un mot le pouvoir. Cette visite aura, par ailleurs, servi à réfléchir au sens que porte une architecture, aux raisons qui conditionnent sa conception et aussi à son adaptation aux besoins de la société ; soit autant de capacités attendues des élèves en cours  d'Arts Appliqués. Ici, les élèves ont admiré les merveilleuses possibilités qu'offre la technologie du béton précontraint, support, en ce lieu, d'un bâtiment ultra contemporain à la croisée de l'histoire et de l'avenir.



Ce séjour a également fait la part belle à la « grande Histoire ».  Ainsi, le déplacement à Toulon au mémorial du débarquement et de la libération de la Provence aura été le moment de réactiver et de consolider des connaissances et notions attendues des lycéens, qui pourraient d'ailleurs être amenés à traiter, lors de l'épreuve d'Histoire et de géographie du Brevet d'Etude Professionnel ou du Certificat Aptitude Professionnel, d'un sujet se rapportant à cette période charnière de l’histoire de la France contemporaine. Dans ce lieu la muséographie didactique et moderne apporte un nouvel éclairage historique et pédagogique sur les opérations du débarquement et le rôle de la Résistance intérieure. Sur un écran géant de 17 mètres de long, un spectacle immersif a permis aux élèves de revivre, jour par jour, toutes les opérations du débarquement, depuis la nuit du 14 au 15 août 1944, jusqu'à la libération de Marseille. Ajouté à cela, une collection exceptionnelle d’objets d’époque, d’archives et de témoignages les a encore aidés à contextualiser ces moments historiques et à mesurer le sacrifice des combattants venus de tous les horizons pour libérer la France.

 

Mais pour beaucoup, la visite la plus marquante aura été celle du  Camp des Milles, ouvert en septembre 1939 au sein d'une tuilerie située entre Aix-en-Provence et Marseille. De là, plus de deux milles hommes, femmes et enfants juifs partirent pour le camp d'extermination d'Auschwitz. Ce fut l'aboutissement d'un engrenage terrible puisque le Gouvernement français de Vichy fit interner environ dix mille personnes originaires de trente-huit pays différents, ressortissants du Reich et légionnaires, étrangers désireux d'émigrer, juifs ayant fait l'objet de rafles, toutes considérées comme des « sujets ennemis ». Beaucoup étaient en fait des antifascistes, parmi lesquels de nombreux artistes ou intellectuels, opposants à Hitler. Ainsi, durant un mois de l'année 1942 où les déportations se succédèrent, le camp devint un rouage de la machine de mort nazie. Des humains qui n'avaient commis aucun crime, parce qu'ils étaient juifs, furent livrés à leurs bourreaux par ceux qui leur avaient promis asile. Que s'est-il passé ? Comment a-t-il été possible de devenir complice de la Shoah ? Que faut-il comprendre pour empêcher de tels crimes de se reproduire ? Pour tenter de répondre à ces questions, l'exposition est conçue en trois parties : dans la première, celle   « pour savoir », les élèves ont découvert l'histoire du Camp des Milles et de son époque. Après ce premier volet historique, le groupe a procédé à une visite, sur trois niveaux, des lieux d'internement préservés. Il s'agit de la partie mémorielle, « pour voir »,  pour se représenter ce que les internés ont vécu. Plusieurs points forts sont proposés, ceux où dormaient les internés, où certains se cachaient et ont pu être sauvés, ou encore des dessins et peintures laissés sur les murs, témoignages fragiles, soigneusement mis au jour par des archéologues. Enfin, une troisième section « pour comprendre » présente des analyses scientifiques et des expériences montrant comment des fonctionnements humains permettent d'aboutir à des génocides et comment mieux les prévenir ou y résister. C'est le volet réflexif du mémorial qui, outre le travail sur le souvenir, s'est donné pour vocation de montrer, avec des clés de compréhension scientifiques, les mécanismes qui ont conduit au pire. Ces mécanismes permanents qui pourraient aujourd'hui encore, surtout dans un contexte national et international marqué par la montée des extrémismes et des populismes alimentant des engrenages individuels, collectifs et institutionnels, menacer la démocratie.  L'occasion a ici été donnée aux élèves, dans une démarche de dialogue avec leur guide, de montrer que les programmes de Français et d'Éducation Morale et Civique leur ont permis d'acquérir de solides notions quant aux questions relatives à l'injustice, aux inégalités et aux discriminations de la vie quotidienne et à leur gravité respective au regard des droits des personnes. Donner accès aux élèves à de telles sorties c'est répondre à une des missions fondamentales de l'Éducation nationale : celle d’associer, dans un même mouvement, la formation du futur citoyen et la formation de sa raison critique pour qu'il acquière une conscience morale lui permettant de comprendre, de respecter et de partager des valeurs humanistes, de solidarité, de respect et de responsabilité.  

 

Au musée Granet, institution phare de la ville d'Aix-en-Provence, les lycéens auxquels il restait encore un peu d'énergie ont pu observer la transposition d’un récit mythologique en peinture à  partir de deux œuvres monumentales du XIXe siècle. La première, Jupiter et Thétis est l'un des chefs-d'œuvre d’Ingres. L'artiste y livre son interprétation d'une scène de l'Iliade où la séductrice nymphe Thétis, mère du héros grec Achille, sort des flots pour supplier Jupiter, le dieu des dieux, de prendre part au conflit humain afin d'aider son fils et apporter la victoire aux Troyens. La seconde, Les héros grecs tirant au sort les captifs qu'ils ont faits à Troyes, de Duqueylar, met elle aussi en scène les personnages du célèbre récit homérique racontant une guerre qui dura cent dix ans. À cette occasion, la médiatrice culturelle est parvenue à faire émerger de lointains souvenirs de la classe de sixième pour aborder des questions qui se posent aujourd'hui à leur réflexion de lycéens. Les héros littéraires d’hier sont-ils ceux d’aujourd’hui ? Quels sont les points communs et les différences entre les héros reconnus par les élèves et ceux des générations précédentes ? Au nom de quelles valeurs, de quels principes, ces personnages agissent-ils ? Ces principes et ces valeurs sont-ils universels ? Autant d'interrogations qui jalonnent le sujet « Parcours de personnage » en classe de seconde et qui posent les bases d'une réflexion qui se poursuivra en classe de terminale, quand il s'agira de réfléchir aux mythes fondateurs, réservoir de questions et de réponses susceptibles d'offrir une grille de lecture pour examiner la partie du programme se rapportant à « L'Homme et son rapport au monde ».

 

Au musée Granet, les élèves ont aussi suivi un parcours de « Découverte des genres en peinture ». L'exposition, qui compte nombre de portraits, paysages, scènes de genres et œuvres mythologiques réalisées entre les XIVe et XVIIIe siècles, répond à l'un des objectifs communs aux programmes de  Français et d'Arts appliqués qui visent à permettre aux élèves de construire leur identité à travers la connnaissance, la reconnaissance et le respect de la pluralité des identités, d’origines et d’époques différentes. Par ailleurs, cette visite aura été une mise en pratique des recommandations formulées en classe lors de l'étude « Des goûts et des couleurs, discutons-en », laquelle a abouti à la conclusion que leurs goûts ne sont pas le fruit du hasard, mais qu'ils représentent une faculté qui s'éduque, avant tout par la fréquentation directe des œuvres.

 

Enfin, l'organisatrice du voyage a ménagé des moments au cours desquels les 47 élèves du lycée Paul Sérusier et leurs 6 accompagnateurs ont pu profiter de temps de détente et d'escapades dans quelques hauts lieux de la métropole marseillaise et de la région provençale.

 

L'Auberge de jeunesse du Bois Luzy où ils ont été accueillis et hébergés compte parmi les plus approuvées.  A l'origine il s'agissait d'un château qu'un riche armateur avait fait édifier entre 1850 et 1870. Transformé en structure d'hébergement depuis 1929, le lieu est aujourd'hui l'un des plus prisés de France et accueille les touristes du monde entier.

A Marseille encore, les lycéens ont aussi beaucoup aimé la basilique Notre-Dame de la Garde, érigée au XIXe siècle sur un emplacement stratégique de la ville qu'elle protège et surveille. Surnommée affectueusement La bonne Mère, c'est un  lieu de pèlerinage où toutes les confessions viennent admirer les douze millions de tesselles, soit mille deux cents mètres carrés de panneaux de mosaïques vénitiennes d'inspiration byzantine. On peut également y voir les bateaux flottant sous les voûtes de l'Église, ex-voto  offerts à la Vierge en échange de la protection qu'elle a apportée aux marins revenus sains et saufs de leurs sorties en mer. A quoi s'ajoutent, en guise de témoignages de reconnaissance, des centaines de maquettes, tableaux, plaques qui parlent de naufrages, de bombardements ou de maladies. Enfin, les croyants « montent », comme ils disent, à Notre-Dame de la Garde  pour porter des « intentions », petits mots destinés à obtenir les bonnes grâces de la Vierge, ils sont glissés dans une boîte aux lettres qui en recueille aujourd'hui plus de mille par semaine.

 

Si, au cours du séjour, l'occasion a souvent été offerte aux élèves d'interroger le passé et le patrimoine culturel et historique des générations précédentes, la flânerie dans les petites rues de l'emblématique quartier du Panier leur a permis d'observer diverses formes de ce que l'on appelle « l'art du quotidien ». Ici, à la demande de leur professeur d'Arts Appliqués, ils ont réalisé une multitude de photographies de fresques murales, graffiti, tags, pochoirs, collages, soit autant d'images de « l'art urbain » constituant le fruit d'une collecte enrichissant la production relative au Street Art que certains ont commencé à élaborer en classe et dont ils pourront éventuellement faire une présentation orale argumentée, comme le recommandent les instructions officielles de la discipline.

 

Les Bretons se sont aussi promenés sur le Vieux-Port, centre historique et culturel de la ville. C'est aujourd'hui un port de plaisance d'où ils ont embarqué pour l'archipel du Frioul situé à une demi-heure de traversée de Marseille. Durant les quelques heures passées dans ce cadre sauvage et préservé, ils ont profité d'un paysage de calcaire où se nichent calanques, plages et criques sablonneuses. Quelques photographes amateurs ont rapporté, de cette demi-journée insulaire, des images qui témoignent de l'exceptionnelle faune et flore du lieu.

 

Outre l'aller-retour de traversée maritime, les élèves ont fait l'impressionnante expérience d'une ascension en téléphérique de montagne. Ainsi, à partir de la ville de Toulon, ils ont gagné le Mont Faron, l'un des plus beaux panoramas offerts sur la rade, situé près d'un kilomètre cinq plus haut, à 378 mètres de dénivelé.

 

Enfin, le volet touristique sera complet lorsqu'on aura évoqué le « quartier libre » dans la ville thermale d'Aix-en-Provence réputée pour la richesse de son patrimoine culturel.

 

Ainsi explicité, on comprend que ce séjour, en plus des visites concernant leur filière, s’inscrit dans l’exigence de culture générale de la voie professionnelle, qu'il participe à la préparation d’une poursuite d’études et, plus largement, enrichit l’élève dans son développement personnel.